Barrières et conciliabules

11 Oct

Depuis que Juju se déplace à quatre pattes, la maison est devenue un vrai terrain de jeu où chaque recoin est propice à faire des expériences. On peut tout y faire, en particulier quand maman laisse traîner ses post-its de toutes les couleurs, que les torchons sales dépassent de l’arrosoir qui sert de bac à linge dans la cuisine, et quand les livres affichent crânement leurs tranches colorées, etc. Et pensez donc, l’aspirateur de table a une lumière rouge !

La méthode Gordon nous dit de garder le « non » pour les grandes occasions (les vrais dangers), mais je dois admettre qu’il est parfois difficile de se retenir. Quand j’ai trouvé Juju en train de lécher le rebord de la poubelle dans la cuisine, par exemple, ouais, là, j’en ai eu très envie. Mais j’ai calmement expliqué ce qu’il ne faut pas faire avec la poubelle : pas mettre la main dedans, ni la renverser et en aucun cas la lécher. Depuis, plus rien.

En revanche, lorsque Juju a entrepris par 3 fois de monter les marches de l’entrée toute seule, mon sang n’a fait qu’un tour et j’ai dit « non », en prenant soin d’exposer toutes les raisons ; j’ai tout bien fait comme il faut « Juliette, je ne veux pas que tu montes les marches toute seule, c’est dangereux, tu pourrais te faire mal et ça me fait peur ».
Merci Thomas Gordon de me permettre d’instaurer un climat de paix et d’échange dans ma petite maison.

Le résultat ne s’est pas fait attendre.

Juju et moi avons eu notre premier bras de fer. Elle pleurait, elle râlait, et elle revenait aux marches en me regardant bien droit dans les yeux. Même pas peur, maman !

5 minutes interminables.

Je sais bien qu’apprendre la frustration ne peut pas se faire dans la joie et la bonne humeur, mais quand je la revois râler et pleurer à chaudes larmes, j’ai un gros doute sur la qualité du message qu’elle a reçu. Un « Maman ne veut pas » n’est pas satisfaisant s’il n’est pas accompagné d’une raison valable et pleine de bon sens. Je crois pourtant qu’avec Juju ce soir-là, je me suis plantée.

J’ai bien construit mon message Gordon, mais je suis passée à côté de l’essentiel, à savoir l’écoute active. Evidemment, quand on a en face de soi un bébé qui ne parle pas, l’écoute active est un subtil mélange d’observation, de feeling et de connaissance de l’autre. Et Juju, je la connais bien.

Maintenant que je suis là, tranquillement installée dans mon fauteuil, que Juju est chez sa petite copine avec sa nounou, je peux décortiquer tout ça. Je me remémore la soirée et voilà ce que je réalise : elle était fatiguée + c’était une semaine d’adaptation + je la sentais fragile, frondeuse et remontée comme un coucou suisse. Résultat, zéro pointé, maman.

Un dialogue ne s’engage que lorsque l’autre est prêt à dialoguer.

Il eut été plus facile d’éloigner Juju, d’aller lire une histoire ou faire rouler les autos dans sa chambre que de chercher à tout prix à avoir le dernier mot au pied des marches de l’entrée.

Dans la maison, le soir, c’est toujours calme et tranquille ; l’épisode des marches a été d’autant plus déroutant que ça n’était jamais arrivé. Habituellement, chacun vaque à ses occupations, il y a la radio, une lumière chaude et des recoins où prendre une couverture, et lire avant le dîner.

A mesure que Juju grandit, nous découpons la maison en tranches. En plus des espaces de liberté totale (le coin jeu du salon et la chambre de Juju), nous ouvrons depuis ce soir-là des espaces de semi liberté sans danger. Il y a maintenant une barrière entre l’entrée et la cuisine si bien que les marches sont à un jet de hochet de là mais restent inaccessibles. Tant que nous sommes là, Juju peut vaquer à ses occupations, se rouler sur le sol, et approcher poubelles et bouquins de cuisine. Et devinez quoi ? Elle ne touche plus aux poubelles, ni aux livres. Elle joue. Avec ses jouets, elle touche du bout de l’index les systèmes de sécurité des tiroirs, elle fait rouler les bouteilles de lait, et ça lui plaît bien.

Hier soir, j’ai trouvé Juju debout, fière et joyeuse qui se tenait à la barrière toute neuve, comme une grande, pour la première fois. Nous l’avons regardée, assis sur les marches de l’entrée. Elle souriait. Nous étions émus.

5 minutes formidables.

Prochaine étape, monter les marches. Ensemble.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :