Mère, Fille, Petite Fille

3 Nov

La semaine passée a été drôlement dure ; maman s’est faite opérer du cœur et mon grand-père -son père- est mort.

C’était une de ces semaines qui se vivent en apnée et qui n’en finissent pas de passer, une de ces semaines aussi qui vous tiennent en laisse, comme un petit chien docile. Passer des coups de fil, faire le dîner, prier, attendre, se résigner,  dire quelque chose pour avoir l’air solide, boire un café, envoyer un mail définitif pour annoncer la bonne et la mauvaise nouvelles : maman va bien ; papy est parti.

Il y a de l’ironie là-dedans. Le cœur, c’est le siège de la vie. Une vie reprend par battements saccadés quand une autre s’éteint. Et restent tout autour tant de choses triviales à gérer ; redonner du rythme à Juliette pour qu’elle retourne à l’école en forme, la sieste, la douche, les repas, les sorties entre les gouttes, lui refaire une place entre les allées et venues à l’hôpital. Et vivre.

Pas si triviales que ça.

Juliette a passé une partie des vacances chez ses autres grands-parents. Et la voilà qui déboule avec ses câlins et ses bébés en bandoulière, et plein d’attentes aussi. Juju est rassasiée d’un côté mais une autre partie d’elle a envie de vous croquer tout cru, vous et votre chagrin, et vos dossiers à traiter, et votre besoin de reprendre un peu d’air. Tout y passe. Et c’est très bien comme ça.

Avec ses grands yeux noirs, ses grimaces, ses petits cailloux et son vélo, elle insuffle autant d’énergie qu’elle en demande. Elle sent les montées de sève aussi bien que les baisses de moral. Et curieusement, cette manière qu’elle a de compenser est naturelle et sage ; pour apaiser le chagrin, se planquer avec Juju sous la couette quand le ‘dinosaure méchant´rôde est la meilleure chose à faire, croyez-moi.

OK, au premier abord, c’est pas évident.

Juju est dans mes jupes en ce moment. Elle me réclame, elle m’attend, elle exige que je l’attende en retour. Je ne sais pas si elle comprend ce qui se joue entre l’hôpital, les adieux à mon grand-père -son arrière grand-père- et cet appétit de moi qu’elle a. Je ne sais pas si elle sent le fil qui nous relie tous les quatre.

Moi je le sens.

Et je le sens encore plus quand elle ouvre fièrement son parapluie dans la maison (pardon pour les âmes sensibles) et qu’elle invite tout le monde, y compris le grand méchant loup, à venir s’y réfugier. Juju est une rassembleuse. Elle prend vos petits bouts de rien du tout et elle en fait une leçon de vie. Elle vous refait une maman présentable en deux temps trois mouvements.

Elle et moi, on n’a pas pu aller à la cérémonie alors on a passé 2 jours ensemble à coller des feuilles mortes sur du papier blanc, à se balader au parc, à dormir toutes les deux dans le grand lit. On a été dîner et danser chez nos chouettes voisins, on a fait des courses et allumé un feu de cheminée.

Et le matin, bien avant l’église et les adieux, on a fait des pancakes. Juliette m’a dit « Maman, j’ai faim » et j’ai disposé les pancakes sur le compotier rose. Il y avait du chocolat, du sirop d’érable et quelques crépitements dans la cheminée. Il y avait de la joie dans notre petit duo.

Du sucré, un tout petit peu d’amer aussi.

Et le fil.

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