Les Nounous et Nous

11 Nov

L’autre nuit, j’ai fait un cauchemar et je me suis réveillée en sursaut. Pas de monstre poilu dans ce rêve-là, pas de psychopathe, ni de hache sanguinolente, rien de tout cela. J’ai rêvé que Raphaëlle, la jeune fille qui garde Juju et ses petits copains depuis un an allait nous quitter. Il m’a fallu une seconde ou deux pour reprendre mes esprits et réaliser que ce n’était pas un cauchemar.

Y a-t-il des parents dans la salle ?

Parce qu’avant d’être parent, ce genre de considération me passait franchement au-dessus. Aujourd’hui, perdre la nounou de Juju, pour moi, c’est un vrai drame. Parce que ce que j’attends d’elle, ce n’est pas seulement qu’elle me rende ma fille en état de marche le soir. Je veux plus, je veux tout.

Recruter une nounou, ça a été la croix et la bannière. Entre celles qui détaillent tout ce qui est revendable chez vous pendant l’entretien, celles qui vous promettent de stimuler à donf’ vos enfants tout en faisant la cuisine, le ménage et le repassage, celle qui se lave à la Saint Glinglin (et ça se sent), celle qui ment (elle vous affirme qu’elle peut traverser pas moins de 3 communes en 10 minutes à pied), celle qui vient accompagnée de sa fille de 15 ans (qui, cela dit en passant, regarde par dessus votre épaule ce que vous êtes en train de noter), celle qui demande à sa cousine de vous appeler parce qu’elle ne parle pas un mot de français (« et que c’est pas grave vu que ce sont des bébés, y comprennent rien du tout » sic), celle qui est dépressive et qui a très mal au dos…  Que des cas réels (d’où l’alternance de singulier et de pluriel – il y avait parfois répétition d’un même cas de figure). Tout plein de misère, d’espoirs, de promesses vaines et irréalistes se bousculent dans votre salon… Des chocs culturels aussi.

Quant à faire passer à tout ce petit monde la pilule de la parentalité positive, c’est une autre paire de manches.

Et pourtant, on a eu de la chance avec les nounous. Il y a eu Stéphanie, la joyeuse : avec elle, chaque jour était une fête, punch coco et petits plats en prime. Elle ouvrait chaque matin la porte en chantonnant ; elle faisait danser nos filles ; elle poussait ce char d’assaut de poussette à 2 places sur des kilomètres pour leur offrir du neuf tous les jours ; elle faisait des pique-niques, des blagues, des bisous, des photos.

Puis Raphaëlle, la sauveuse qui vous aime du coin de l’oeil et qui a assuré avec Juju quand je ne pouvais plus. Raphaëlle est psychomotricienne mais elle continue ses études, alors elle a besoin de temps. Il n’était pas question pour elle de reprendre cette année parce qu’elle a trop à faire. Mais quand je l’ai appelée au secours au début de l’année scolaire, elle a dit « Donnez-moi 45 minutes ; j’arrive. »

C’est Raphaëlle.

Structurée, quasi insubmersible, créative, attentive, pro (et en plus, elle aime le chocolat, qualité fort appréciée dans ma maison). Quand elle est arrivée, elle a trouvé nos filles complètement déboussolées. L’une faisait une rentrée chaotique entre la grève des enseignants et le jonglage avec 2 maîtresses différentes, l’autre se retrouvait du jour au lendemain avec comme copain de jeu son petit frère de 3 mois, et il y avait justement le petit frère, à qui il fallait faire une place, une vraie ; et, c’est le pompon, tous les trois avaient vu arriver puis repartir en un clignement d’œil Lorena, la première jeune fille au pair que nous avons eue. C’était l’horreur ; rien ne se passait comme nous l’avions prévu. On naviguait à vue d’heure en heure.

Raphaëlle a dit oui – quand elle dit oui, c’est oui – et le lendemain, nous avons tous retrouvé le sommeil et une maison tranquille. Et elle nous a donné en plus du temps pour choisir celui ou celle qui la remplacerait et pour le/la briefer pendant plusieurs semaines.

Une perle, je vous dis.

La garde partagée, c’est une sacrée aventure. On cherche quelqu’un de bien pour les enfants et pour nous aussi. Pas forcément Wonderwoman, mais plutôt une personnalité sympa qui va savoir faire sa place chez nous, se sentir bien, en confiance.

Mais finalement, je dois le reconnaître, ce n’est pas anodin que d’attendre de l’autre qu’il se sente « en famille ». C’est une exigence vorace qu’on installe petit à petit et qui pompe beaucoup d’énergie de la nounou ; quoi que l’on fasse, sa vraie famille n’est pas la vôtre. Et le soir quand elle rentre chez elle, vous avez absorbé beaucoup plus d’elle que ce qui est écrit sur le contrat. Elle a pris soin de votre famille, elle a soufflé les bougies avec votre fille, elle l’a gâtée, réconfortée, portée et il reste peu de choses pour les siens passé 18h30. Rien que le résultat d’une soustraction, si elle n’y prend pas garde.

Recruter une jeune fille au pair/un jeune homme au pair, c’est encore différent. Il faut composer avec d’autres chocs culturels – le fantasme béret-baguette-accordéon, notamment- et avec l’attente clairement exprimée par certain(e)s de faire partie de votre famille. Ça sous-entend se mettre d’accord sur ce que veut dire « faire partie de la famille » pour une Danoise, une Islandaise ou un Américain. D’autant que nous proposons une « au pair partagée », on renouvelle le genre.

On a rencontré des dizaines de candidats par mail, par skype, en face à face et il y avait vraiment de quoi se décourager. Des discrets, des volubiles, des énergiques, des réservés, des déçus… Mais ce projet a renforcé les liens entre nos deux familles ; c’était dur, mais c’était évident. Chaque échec était une raison de plus de ne pas renoncer.

Et finalement, presque par hasard, Megan est arrivée.

Irlandaise, très jeune, la tête sur les épaules, simple, honnête et avec des projets clairs. Elle est passionnée par le portage (des enfants bien sûr, je ne parle pas de portage salarial), elle a de l’expérience, des idées, elle est maligne. Et la voilà maintenant qui s’occupe de Juju et de ses petits copains et je sens que ça va coller. En plus, Raphaëlle m’a dit « Ça va aller ». Si Raphaëlle dit « Ça va aller », c’est que ça va aller.

Moi je tiens la vorace en moi tranquille pour laisser à Megan le temps de se faire une place rien qu’à elle. Hier, durant le brunch dominical, elle nous a dit qu’elle était bien, qu’elle était contente, et jusque là ça me suffit amplement. Et ça suffit à Juliette aussi.

Je ne sais pas ce qu’il restera de cette expérience dans un an ou deux. Ce que je sais, c’est que Megan nous quitte en juillet, donc le temps est compté de toute façon. Mais il y aura quoi qu’il arrive un petit cadeau pour elle sous le sapin, à côté de ceux de Stéphanie, de Raphaëlle et des enfants. Après, on verra.

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