La Routine

29 Nov

Ca y est, nous voilà embringués pour 20 ans d’école, d’études, de calendriers scolaires et de réformes de l’Education Nationale. Moi je suis déjà pas très copine avec tous ces gens-là, les voilà qui prennent une place énorme dans nos vies, qui réduisent le temps du dîner, qui imposent une heure de coucher, de lever, des douches… la vie était si cool avant.

La routine touche tout le monde, petits et grands ; il n’y a qu’à voir avec quel enthousiasme Juju se rend le matin dans sa salle de classe ; certains jours, il ne lui manque que l’attaché-case.

Soyons clairs, j’ai confiance globalement dans ce que fait la maîtresse mais le champ des possibles s’est à la fois ouvert et refermé le jour où Juju a fait sa rentrée. Juliette grandit, elle apprend, elle chante des chansons, joue avec ses petits copains, elle peint, elle fait des chouettes parcours de motricité et tout, mais elle n’est pas aussi libre qu’avant.

Et du coup, nous non plus.

Ce matin, j’ai accompagné Juju à l’école avec son papa. Aujourd’hui c’est un grand jour, elle fête son anniversaire avec le reste de sa classe. Je crois qu’elle était contente de nous avoir tous les deux avec elle, de traverser ensemble la rue, donner les gâteaux qu’on a faits, même si ça n’a duré que quelques minutes. Il y a des minutes qui comptent moins pour du beurre que les autres.

On lui a fait un bisou, comme d’habitude elle a demandé si on pouvait rester et comme d’habitude on a dit non. Et on s’est éclipsés dès qu’on a perçu l’ouverture de la « brèche ».

La « brèche », c’est le moment où l’on sent que nous voir partir ne va pas trop bouleverser Juju et que rester rendrait les choses plus difficiles. C’est tout sauf un moment que l’on choisit. La « brèche » bouscule, violente, elle te dit, à toi, parent un truc intermédiaire entre « casse-toi maintenant ! » et « fuis ! » qui n’a rien d’agréable.

C’est subtil, fugace et super frustrant.

Alors on est partis et on s’est retrouvés tous les deux sur le trottoir ; on s’est souvenu de cette scène finale de « L’Auberge Espagnole » dans laquelle Romain Duris se rend à son premier jour de travail puis se sauve. (Oui oui, c’est passé à la télé hier.) Et on s’est demandé à quoi ça servait de se plier à cette routine-là, à la classe, aux rituels collectifs, aux gens en général.

On a imaginé Juliette à son premier jour de boulot, dans quelque temps, recevoir comme Romain Duris les instructions sur le réglage du radiateur de son bureau et sur le classement des dossiers par couleurs et secrètement, je crois que l’un comme l’autre, nous avons espéré qu’elle se sauve elle-aussi, qu’elle prenne ses jambes à son cou pour aller voir ailleurs si l’herbe est plus verte.

Et on a rêvé de l’extraire du système dans lequel elle vient de rentrer. L’école. Brrr !

Oui, je sais qu’il est extrêmement présomptueux de s’imaginer que son enfant est plus heureux avec soi qu’à l’école. Le monde dans lequel nous vivons est un grand n’importe quoi à la fois grisant et agressif. Et sans doute l’école est-elle un peu des deux, avec sa cour-jungle, les froncements de sourcils des maîtres mais aussi les formules magiques à la « caca-boudin-crotte-carotte ».

Je dois bien l’admettre, je ne rivalise pas avec « crotte-carotte ».

Et je dois admettre autre chose aussi : le monde commence de l’autre côté de ma porte et même s’il n’a effectivement pas la tronche que je voudrais qu’il ait, Juliette va devoir tôt ou tard y faire sa place. La routine, c’est finalement un peu le cadre de notre vie à tous les trois, le point de départ et d’arrivée de nos allers-retours à l’extérieur, dans le métro bondé, en clientèle ou à l’école. C’est aussi la marge de manoeuvre qui nous reste pour débriefer, digérer, parler de ce qu’on a vu, aimé ou détesté.

Certes, la rentrée nous oblige à revoir notre copie et à adapter nos idéaux à de nouvelles contraintes, mais elle nous a fait grandir un peu aussi. L’heure est venue pour Juliette de comprendre qu’elle a droit à ses petits secrets, à ses propres souvenirs, à faire ses expériences et l’heure est venue pour moi de repenser notre quotidien.  Il y a quelques mois, ça courait dans tous les sens, ça chantait tout le temps, ça ruait dans les brancards, ça sentait les petits plats de légumes et le chocolat chaud. C’était ça, la routine. Aujourd’hui, je peux entendre la cloche de l’église et l’increvable minuterie du four. Changement radical d’ambiance (et de température ; il fait forcément plus chaud quand on est 4 en permanence dans la maison).

On s’adapte.

Je mets des chaussons et une petite laine.

Je travaille dans le salon.

Je mange devant les redifs de Silence Ça Pousse.

Et je laisse à Juliette le soir le soin de me dire si oui ou non elle veut de mes petits câlins et de mes grimaces.

Et surtout, je n’ai maintenant d’autre ambition que de lui offrir un endroit où remplir son « réservoir d’amour » comme le conseille Isabelle Filliozat dans son livre J’ai Tout Essayé, une maison où elle pourra se remettre en état avant de repartir à l’assaut de sa vie.

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