La vie d’avant

25 Fév

Dites donc, ça fait longtemps qu’on s’est pas vus ?

Tenir un blog, c’est une question d’endurance me direz-vous, mais moi, de l’endurance, j’en ai pas. De fêtes de famille en travaux et de dossiers clients en projets, les semaines passent et voilà les vacances scolaires qui arrivent.

Les vacances scolaires, c’est doux-amer. On est content de voir partir Juliette avec sa trottinette et sa poupée, on se dit qu’on va souffler un peu et puis très vite la maison nous semble trop grande, les heures trop longues et les repas trop calmes.

Et, évidemment, on en « profite » pour continuer les travaux.

Poncer, percer, peindre et démonter les portes, c’est pas rigolo mais c’est quand même plus facile quand aucune blondinette ne rue dans les brancards avec ses petites voitures. Du coup la maison se remplit un peu d’un mélange de frustration-satisfaction personnelle, les aiguilles de l’horloge s’emballent  et l’on ne ressent véritablement le vide que quand la perceuse et les marteaux se sont tus.

Les vacances scolaires finalement, ça consiste un peu à remplacer les urgences habituelles par d’autres. L’urgence de refaire ce foutu mur avant que Juju, rassasiée de crêpes, de théâtre de Guignol et de la malle à jouets de ses grands-parents ne nous revienne avec son ciré jaune et ses envies de câlins en bandoulière. L’urgence de se retrouver un peu toute seule pour un petit gommage-masque (celui qu’on est censées faire 3 fois par semaine ! Sans blague ?!).

Et l’urgence enfin, de se retrouver un peu tous les deux, et de reprendre une bouffée de notre vie d’avant, quand on allait sur un coup de tête au cinéma ou au café. Ah c’était le bon temps messieurs-dames !

Pour un peu j’entendrais un air d’accordéon. (Il y a toujours un accordéon quand on est nostalgique, pas vrai ?)

Nous voilà donc lancés le papa de Juju et moi dans des pauses « pèlerinage » entre deux séchages de peinture. Un baba au rhum chez Prosper, Place de la Nation le dimanche après-midi ; un dîner au Bal Perdu à Bagnolet, le lundi soir, devant l’énorme paquebot moderne qui a été adjoint à l’ancien bâtiment de la Mairie depuis que l’on est partis.

On se revoit aller au marché ; ici un resto Indien a remplacé le Chinois d’avant, là la boucherie chevaline n’a toujours pas trouvé repreneur. Tiens, un Meilleur Ouvrier de France a ouvert sa boulangerie-pâtisserie. Et partout les grapheurs s’en sont donné à cœur joie en créant de grandes fresques poétiques.

Les prix flambent, comme partout. A table, on parle de la vie d’avant, de cette table exactement où l’on a déjà dîné par le passé ; une petite pensée pour Juju qui doit déjà dormir, et une autre au temps qui passe… On s’accroche au cœur de rumsteak-sauce au poivre comme à une bouée providentielle.

Dans notre ancien immeuble, un 57m² est affiché à louer à 1400€ mais n’a pas encore trouvé preneur. Ce sont nos anciens voisins venus dîner ici aussi en pèlerinage depuis l’arrivée de leur petite Rose de 4 mois qui nous l’apprennent.

          – On se connaît ?

          – Mais oui on se connaît, on a monté deux pétitions contre le syndic. Ah ! c’était le bon temps !

On promet de garder le contact cette fois et on attaque les profiteroles. Parce qu’il faut bien aller de l’avant.

Puis on flâne en regagnant la voiture. Les nouveaux locataires de notre petit duplex, celui-là même où Juliette a passé sa première nuit à peine sortie de la maternité, ont un chat, des spots rouges et bleus, et ils fument à la fenêtre.

J’espère qu’ils sont heureux tout là-haut, dans cet appartement où nous avons dîné, chassé la souris, regardé toutes les saisons de Sex and the City, soufflé des bougies et fait un petit bout de chemin. Nos meubles ont retrouvé leur place pour un court instant, les jardinières ont refleuri sur les garde-corps, la lumière est entrée à flots et j’ai même senti sous mes pieds le sol lisse et chaud…

Voilà ce que ça fait d’être plantés en bas, le nez en l’air, à regarder de parfaits étrangers fumer à nos fenêtres.

Et hop ! 4 ans en arrière, jusqu’à ce jour où nous avons rendu les clefs et où j’ai trouvé, au milieu du salon tout vide, une rose dans une bouteille en plastique et un petit mot sur une serviette en papier qui nous prédisait une chouette vie à 3, ailleurs.

La vie d’après, d’aujourd’hui et demain.

          – On rentre ?

         – On rentre.

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