Faire les Fous

14 Mar

Ma copine Nadia a offert à Juju une machine à bulles pour son anniversaire. C’est un appareil dans lequel on verse un peu de produit et qui souffle des bulles en faisant le bruit d’un tout petit sèche-cheveux. Pas de quoi affoler les voisins et un résultat garanti pour les enfants… et pour les parents. Pensez donc ! Des centaines de bulles colorées qui virevoltent partout dans le jardin, viennent se coller dans les cheveux quand on fait l’avion ou qui  deviennent des adversaires pour la famille de ninjas qu’est la nôtre.

Le top.

Mais halte là ! Point de motricité fine, de nouveaux mots à apprendre ou d’algorithmes à constituer ?

Ben non.

Il y a quelques temps, je choisissais soigneusement les jouets de Juju selon des critères pédagogiques et idéologiques. Je potassais pour étayer mes choix et arriver à une sélection idéale (selon moi) de jouets  susceptibles d’enrichir le vocabulaire de Juju, de l’aider à gagner en autonomie, et lui apprendre (envers et contre la plupart des catalogues de Noël, je vous avais dit que ce serait un sujet récurrent) qu’il n’y a pas de jeux pour filles et d’autres pour garçons.

La parfaite maman militante !

Et c’était bien pratique, cette petite short-list de jouets raccords avec mes idées, parce que ça m’évitait de mettre les mains à la pâte question jeux et de faire face à mon incapacité à faire la folle, autrement dit, à chatouiller, poursuivre ou faire voler Juju.

La maman militante rabat-joie. Handicapée du chahut, plutôt.

Pourtant, maintenant je peux le dire, « faire les fous », ça s’apprend. Par les grimaces d’abord (niveau facile), des machines à bulles ensuite (intermédiaire, pour peu qu’on ne se contente pas de regarder les bulles),  et le top à mes yeux (quasi inaccessible),  « la bagarre ». Il y a même des bouquins pour ceux qui manquent d’idées.

J’ai justement celui de Catherine Dumonteil-Kremer sous les yeux : Jouons ensemble… Autrement (La plage Editeur). Dedans, on trouve une mine d’idées pour trouver son style. De la cabane aux jeux de chatouilles, bien sûr, en passant par le Karaté-Chaussettes (le jeu consiste à enlever les chaussettes de l’autre tout en gardant les siennes), la Corbeille des Châtons (dans lequel parents et enfants inversent les rôles) ou encore le jeu des Chaises Musicales version coopérative.

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Et cerise sur le gâteau, il y a tout ce qu’il faut pour plaire à la maman militante parce que l’auteur aborde des questions sur le sexisme, les jeux de guerre ou encore le couple coopération /compétition. Faire les fous ne veut pas dire faire n’importe quoi.

Jouer, c’est du sérieux. C’est entre autres le moyen de corriger le tir des expériences que Juju fait à l’extérieur. Ca nécessite d’être vigilant et critique. Après tout, apprendre à un enfant qu’il faut être le premier, le plus fort, la plus jolie, la plus parfaite… est un sport national et lui mettre de bonnes ou de mauvaises notes pour l’aider à piger plus vite dans quel moule il est censé rentrer, un principe trop peu remis en question à mon goût. (A voir si le sujet vous intéresse, l’affolant Du Côté des Petites Filles d’Elena Gianini Belotti, Edition des Femmes -dont je vous parlais l’autre jour dans la rubrique Biblio– ou la base de documentation très riche sur l’égalité des genres de l’association Adéquations).
Alors le jeu doit être soigneusement choisi et les règles adaptées si nécessaires pour que personne ne se trouve lésé, honteux ou diminué.

Jouer pour le plaisir, pour l’effort, la satisfaction personnelle ou la joie d’être ensemble et ôter si possible la sacro-sainte compétition qu’on apprend dès le plus jeune âge à nos petites têtes blondes à coups de stylo rouge.

Dans certains pays, on aide l’enfant à cultiver ses goûts, ses qualités et sa personnalité. On privilégie l’expérimentation aux cours classiques où l’élève s’assoit, écoute, note et apprend par coeur.  Dans certains pays, pas si loin de nous, l’apprentissage de la lecture n’est pas une course contre la montre et celui des langues étrangère est une seconde nature.

Plus encore,certains pays, « l’échec » n’existe pas. Dingue. (à voir, le passionnant reportage the Finland Phenomenon http://www.youtube.com/watch?v=kkNK3gY-rxg)

Moi, j’aimerais bien que Juju soit un peu dans cette culture-là et qu’elle fasse son petit bonhomme de chemin, à son rythme.  Et je suis en plus en plus convaincue que faire les fous tous ensemble va l’y aider et va, en prime, booster la maman militante et rabat-joie qui se cache à l’intérieur. J’en suis d’autant plus persuadée que je sens déjà sur moi les effets positifs de nos jeux dans le jardin ce week-end. Plus d’énergie, de complicité et d’envies. Des fous rires aussi. Plein.  Faire les fous, et plus largement, faire plus de choses ensemble, peindre, courir, jouer à fêter mille fois nos anniversaires, coller, exposer, patouiller, cuisiner, danser, découvrir, prendre en photo, que sais-je encore. Et faire l’avion dans les bulles, cela va de soi.

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