La Sortie Scolaire

24 Mar

Ce matin était un matin spécial, j’ai accompagné Juju et sa classe en sortie scolaire. Quand j’ai eu le petit mot de confirmation dans le carnet de correspondance de Juju, je me suis sentie toute flattée, comme si j’avais été reconnue pour mes extraordinaires compétences en tant que parent et référent. La maîtresse de Juju me disait entre les lignes « Je vous ai choisie, vous, parce que je sais que peux me reposer sur vous. Totalement. »

En fait, non, je le sais, il y a toujours un déficit d’accompagnateurs pour les sorties scolaires. Mais enfin, si ça me fait plaisir de croire le contraire…

Arrivée à l’école, je prends mes fonctions avec 2 autres parents. Par groupe de 5 enfants, nous voilà partis pour le théâtre, qui se trouve à quelques minutes à pied. Et là, la constitution des groupes apparaît comme une évidence, nous avons tous un savant cocktail d’introvertis-extravertis ; dans mon groupe, il y a les volubiles Sacha et Tom et les 3 discrets, Ibtissem, Acyl et ma Juju.

J’observe un peu trop tard la technique de la maîtresse, elle a un enfant à gauche et 4 à droite, ce qui lui permet de mettre tout le monde en file indienne, surtout quand les allées du parc et les trottoirs sont trop étroits pour avancer à 6 de front. Elle dit au premier quoi faire, passer entre les poteaux, monter les marches, faire attention à la bordure en béton, etc. et peut se consacrer aux 4 autres tranquillement une fois ses directives données.

Moi, bêtement, j’opte pour la version 2 à gauche et 3 à droite, si bien que la file indienne est plus difficile à mettre en place parce que, précisément, les 2 à gauche sont super copains et se mettent à papoter, à jouer à celui qui saute le plus haut, à commenter les fleurs sur le bord du trottoir ou pire encore, à vouloir discuter avec moi. Je dois leur consacrer beaucoup d’énergie, les questions fusent, les consignes doivent être répétées plusieurs fois et pendant ce temps, derrière, au bout de mon bras suivent Ibtissem, Acyl et Juju, calmes, plus lents, à moitié dans la Lune.

Arrivés au théâtre Romain Rolland, nous apprenons que nous allons exceptionnellement voir le spectacle depuis la scène. Nous serons à côté des artistes. RawumsNous allons voir Rawums, 2 clowns qui jouent tour à tour avec des plumes, des chapeaux, des figurines de papier et des ballons gonflés à l’hélium. Il y a 2 classes, de 2 écoles différentes. Les enfants sont assis sur des cubes de mousse ou par terre sur de petits coussins de tapissier tandis que nous adultes, sommes installés sur des bancs. Je m’assois derrière mon groupe ; j’ai les couettes de Juju à portée de bisous. Elle me regarde, tout va bien.

Le spectacle commence et voilà que les artistes s’approchent d’un tapis en forme de cercle. Tout va se jouer là, dans la lumière mais il y a aussi plein de choses à voir parmi les spectateurs. Les petits enthousiastes se mettent à tout commenter et à parler si fort que les clowns doivent répéter leurs premières phrases d’accueil plusieurs fois. 3 enfants éclatent en sanglot et pendant ce temps, la maîtresse et l’ATSEM se félicitent que les difficultés viennent de l’autre classe. Nous parents, sommes un peu soulagés nous aussi que tout se passe bien dans nos rangs.

Il est vrai que devenir spectateur n’est pas si facile ; il y a de la solennité à être assis là dans le pénombre, à se voir demander de garder le silence et à être en première ligne, tout près des comédiens. C’est beaucoup d’émotion.

Des adultes viennent consoler ce petit monde tout retourné et voilà que les acteurs sentent qu’il peuvent y aller ; ils parlent un tout petit peu Théâtre Romain Rollandplus fort, font des gestes légèrement plus énergiques et la salle accroche, les rires fusent.

C’est un spectacle poétique, tout en maîtrise que nous offrent les clowns. Les petites mains applaudissent spontanément et les adultes sont à la fois émus et concentrés pour maintenir  l’enthousiasme à un niveau raisonnable.

Le spectacle touche à sa fin, la comédienne danse au milieu des ballons et des objets en papier. Avec sa robe, elle entraîne les figurines et les ballons dans sa valse. Quelques murmures d’émerveillement et voilà qu’il faut applaudir les artistes pour de bon ; les deux clowns nous saluent et c’est la fin.

Pas le temps de remercier les acteurs, il faut faire vite et bien, tant pis pour la politesse.

Quitter la salle, remettre les bonnets et reboutonner un par un les manteaux avant que les classes suivantes n’arrivent, c’est le plus dur. Il faut garder le rythme et les ouailles. On a à peine le temps de poser les questions fatidiques « Sacha, ça t’as plu ? Ibtissem, tu as aimé toi aussi ? Et toi Juliette ? », qu’il faut repartir. Nous passons notre temps à accélérer ou ralentir. On va vite pour rester groupés, mais pas trop vite non plus pour éviter les gadins. Et bien souvent, il faut adapter les consignes aux enfants de la main gauche et à ceux de la main droite.

Les volubiles sont souvent plus rapides que les discrets, c’est un fait.

Sur le chemin, un problème survient ; Juju ne veut pas tenir la main d’Acyl ni de Sacha. Les négociations se font sur un bout de trottoir mais on finit par s’entendre. On repart.

Un petit arrêt au parc. On va voir les bourgeons et prendre en photo le marronnier. Le jardinier du parc est heureux d’expliquer que certains arbres donnent des fruits et que dès le mois de juin, les connaisseurs viennent picorer dans les branches basses. Le rendez-vous est pris pour juin. Les enfants touchent les bourgeons mais gardent un oeil sur le toboggan tout près. On est entre deux eaux, entre l’exceptionnel et l’ordinaire.

La digestion des images et des sensations du théâtre commence à peine qu’il faut aller voir le parterre suivant.

Au pied du magnolia en fleurs, le petit Mathieu qui n’a pas envie de se contenter des pétales déjà tombés va bousiller (appelons un chat un chat) une fleur toute fraîche et sonner le glas de notre pause botanique. Soupirs de la maîtresse et de l’ATSEM, il semblerait que Mathieu soit multi-récidiviste.

Et pas qu’avec les fleurs de magnolia.

Retour à l’école, c’est l’heure de la récréation, des bisous d’au revoir et presque, du déjeuner. Tout s’accélère, tout va trop vite, la maîtresse remercie les parents au beau milieu d’une cour d’école si bruyante qu’on se croirait dans une lessiveuse. Elle prend la main de Juliette et prend congé de moi.

Le timing, oui bien sûr.

Des enfants courent, crient, sautent, grimpent et se bousculent partout et moi je reste un peu sur ma faim. J’aurais bien aimé aller jusqu’au bout de cette sortie et assister aux échanges avec les enfants. J’aurais voulu savoir ce qui a tant plu à Ibtissem pour qu’elle se mette à faire des bonds sur son siège et demander au tout petit Acyl ce qu’il a bien pu penser des deux clowns aux ballons. J’aurais voulu dire aussi ce que j’ai bien aimé et ce qui m’a impressionnée, mais l’heure est venue de retourner de l’autre côté des grilles.

Je m’exécute.

Finalement, c’est le peu de perméabilité entre le dedans et le dehors qui me frustre le plus à l’école actuellement. Nous sommes invités en tant que parents à encadrer la sortie de façon à former des barrières physiques avec l’extérieur ; on ne sort pas de l’école, on l’emmène partout avec son cortège de contraintes et de sécurité. On se déplace en aquarium et les adultes sont chargés de s’assurer que nul ne puisse sauter hors du bocal.

Ne serait-ce qu’à un pas.

Et non, évidemment, me direz-vous, il n’est pas possible de faire autrement avec 28 têtes blondes à déplacer d’un point A à un point B… mais quand même, je suis un tout petit peu déçue quand je ferme le portail de l’école derrière moi. Je repense à Juliette qui m’a suivie des yeux jusqu’au bout et je me demande bien si elle a aimé que je sois avec elle pendant la sortie scolaire. Je ne suis pas bien sûre.

En revanche, je suis persuadée, à sa manière de me dire au revoir ou de s’accrocher jusqu’au bout à moi le matin, qu’elle ressent elle aussi l’hermétisme de l’école par rapport au monde extérieur. Et encore, je suis bien consciente qu’avec la maîtresse de Juju, nous sommes plutôt bien lotis, on a 10 minutes et des poussières le matin pour faire des choses dans la classe avec son enfant.

Moi je suis gourmande de ces 10 minutes-là et des poussières qui vont avec.

Dans la rue, il n’y a pas âme qui vive, juste la maman de Louis, plus loin, qui rentre chez elle ; et pendant ce temps-là, pendant que je m’éloigne moi aussi, au théâtre les deux clowns font délicatement valser des ballons et les bonshommes de papier.

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