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Guider ou Etre Guidée

11 Mar

Coup de blues, fatigue, otites et voilà que ce bureau tout neuf que je viens de m’installer pour mon travail quotidien se transforme en prison ; je ne vois plus la jolie orchidée que je me suis offerte, le soleil qui jusqu’alors caressait agréablement mon plan de travail a finalement décidé de me gicler en pleine poire, la sonnerie du téléphone me fait tressaillir et mes saines lectures de Pierre Rabhi me rappellent qu’il y a plus utile à l’humanité que mon marketing de perlimpinpin.

Le burn out en accéléré, les montagnes russes émotionnelles.

Pourtant j’essaye de mettre de l’ordre là-dedans à coups de yoga, d’applications magiques pour me rappeler qu’il faut déjeuner, faire une pause ou au contraire travailler. Je mange vitaminé, j’écoute Hanouna ou Ruquier pour avoir un peu l’impression de retrouver des copains (oh oui, je sais, c’est pas glorieux mais ça me fait rigoler), je me motive, je bois du café, et oui messieurs-dames, je range mon espace de travail (là c’est vraiment aller contre nature, j’vous jure) ! Du rythme et de la rigueur !

Pfff ! Rien n’y fait. Le télétravail me déprime.

Et moi j’ai envie de voyages, de légèreté et de sable blond tout le temps. (J’ai d’ailleurs trouvé plein d’applications extra pour les jours où j’ai envie d’entendre la pluie, l’onde fraîche d’un ruisseau ou les vagues sur une plage de galets – rigolez pas, il y a des jours où ça marche).

Le monde dans ma tête est à des kilomètres de ce petit bureau et de ma chouette orchidée jaune et rose. Il est galopant, battant, vivant comme ce premier soir à Hanoi où sans casque nous avons roulé parmi les autres « motobaïks » dans la nuit chaude. Et surtout, il n’a rien à voir avec cette routine de télétravail qui me pèse tant en ce moment.

Les semaines qui s’enchaînent et se ressemblent, ça me fait peur. Ca me crispe. Chaque jour passé le cul sur ma chaise est un jour où je n’ai pas goûté à la moiteur de la nuit dans le Golfe de Siam, où je n’ai pas frémi dans la Vallée de la Mort, où je n’ai pas goûté le vin de Willamette ou traversé les Météores à moto. Ah les voyages avec Vincent !

Tout ceci est bien loin de mon sprint immobile quotidien. Et de nos obligations ordinaires. Créer sa propre énergie, s’imposer des règles, des limites, des délais. Revoir sa copie tout le temps, face au mur blanc de l’escalier.

Alors quand je vois ma petite poulette gesticuler pour faire dans le vide des prises de kung fu à ses ennemis imaginaires, j’ai l’impression que j’ai plus à apprendre d’elle et de son enthousiasme à distribuer les bourre-pifs qu’elle de moi et de mes circonvolutions. Elle sert les poings, fronce les sourcils, tape du pied et lance des Yah! à effrayer Bouriquet tout au plus mais déjà cette démonstration d’allant me fascine et m’émeut.

Quand je la regarde partir à la bibliothèque avec son costume de Princesse Rebelle, ses godillots râpés à force de servir de freins de secours et son anorak à moumoute, je vois la somme des possibles qui s’offre à elle. Flanquée de sa nounou d’une patience de rêve (c’est pas possible, elle se drogue ou quoi ?!) malgré les « arrête de me suivre » ingrats qu’elle reçoit en retour – et qu’elle ne comprend pas de toute façon vu qu’elle ne parle pas français-, la voilà qui relève son jupon en satin et qui s’en va sans se retourner tandis que moi, ben, moi, euh, je reste ici. Avec mon orchidée.

Guider ou être guidée.

Aujourd’hui a commencé dans l’angoisse et la contrariété. J’apprends qu’il faut reprendre l’écriture d’articles à la chaîne, poster des liens dans tous les sens, répondre au mail du client Duchmoll – que je connais depuis quelques jours seulement mais que j’aime déjà infiniment tant il s’évertue à me faire comprendre que si je ne ramène pas la balle plus vite j’aurai droit à un coup de clé à molette sur la truffe- …

Faire vite, carré, efficace, ordonné alors que dans ma tête 2 et 2 font 18 … (ou 12, je ne sais plus).

Mais voilà qu’au milieu de ce bordel émotionnel je reçois des nouvelles presque en même temps de Stéphanie, Raphaëlle et Megan, les adorables nounous de Juliette.

J’entends que la première continue de chercher sa voie elle-aussi ; elle me raconte ses circonvolutions à elle et me parle de ses valeurs, de ses envies, de ses hautes luttes et de ses frustrations et ça résonne évidemment incroyablement en moi.

La seconde m’épate encore et toujours par sa méthodologie émotionnelle et électroménagère (elle équipe son appartement) et sa sage écoute de ses propres besoins. Moi ça fait deux ans que je cherche à donner un sens à mes problèmes de santé, que je me mets en situation d’écoute de mon corps et de ses besoins mais tout ce que j’entends, c’est encore et toujours « Arrête de me suivre!».

Il faudrait que Raphaëlle donne des cours ou qu’elle écrive un bouquin de développement personnel. Un pied devant l’autre, mais oui, je sais bien. Mais d’abord le droit ou le gauche ?

Et il y a Megan, en transit entre Dublin, Paris, Le Caire et une future destination en Europe du Nord ou ailleurs. Megan, discrète, frêle et sincère mais qui a finalement tout envoyé valdinguer pour écouter son cœur et ses tripes. Elle avance, elle avance.

Je ne sais pas quel mot ces nanas-là se sont passé pour me regonfler un peu mais voilà que ce soir, devant mon ordi, je me sens comme un petit poucet ramassant les cailloux qu’elles ont laissé pour moi. Et je m’apaise peu à peu en pensant que finalement toutes les 3 par téléphone, par texto ou par Facebook interposé ne sont pas si loin de ce bureau et de cette orchidée.

Guider ou être guidée.

Une Journée au Bureau

21 Oct

C’est quand même bête, toutes ces années à pester contre le brouillard, la pluie, le vent qui allaient ruiner mon brushing et voici que maintenant qu’il n’est plus nécessaire de sortir rejoindre un quelconque lieu de travail, je n’ai plus l’obligation de faire un brushing. Du coup, dehors ou pas, je ne suis jamais bien coiffée !

En revanche, j’ai le plaisir de pouvoir me faire un café quand le cœur m’en dit et de travailler en pyjama à ma guise puisqu’après tout je suis maîtresse de moi-même et de ma petite entreprise.

Travailler depuis la maison requiert, vous l’aurez deviné, rigueur et clairvoyance ; il faut savoir définir les contours de ce qui relève de la vie de bureau de ce qui n’appartient qu’à soi. Et c’est un exercice dans lequel je suis loin d’exceller. J’en veux pour preuve cette photo de mon bureau prise aujourd’hui-même et qui s’avère être le fruit d’un effort soutenu consistant entre autre à redescendre mugs et tasses expresso aussi fréquemment que possible et à les abandonner lâchement dans l’évier.

CIMG_2708adavre de Starbucks, ordinateur, boîte à bijoux, autel bouddhique (en fait, un plat à gratin qui une fois ébréché a été converti en autel bouddhique), petit cochon souvenir de Pologne (eh oui Didier et Marie, je l’ai gardé près de moi), photos, chaîne hi-fi, adaptateur (pour le cas où j’aurais en urgence à brancher un hypothétique appareil provenant de l’étranger, sans doute),  patchs chauffants (je le découvre en regardant la photo), traitement homéopathique et Ipad pour regarder ma série, voilà mon lot quotidien.

Une croix bordélique et solitaire.

Quoique.

Je vous ai parlé de mon collègue du moment ? La cinquantaine bien tassée, costume-cravate, un accent anglais délicieux, une bonne éducation et la même sonnerie de portable que moi (ce qui s’avère être le seul reproche que je puisse lui adresser).

Ou pas. Parce que mon collègue de bureau, c’est l’Inspecteur Barnaby. (Oui oui, la série TV devant laquelle grand-mamie ronfle le dimanche. J’y peux rien, les ambiances naphtaline, bottes en caoutchouc et vieilles dentelles m’aident à me concentrer).

Parce que les journées sont longues quand on fait du télétravail. J’ai beau me trouver moi-même d’une compagnie exquise, il y a des moments où je m’ennuie ferme et où dire à voix haute ce que je m’apprête à écrire devient presque flippant.

Et cela fait bien longtemps que les cds Nature et Découvertes ne sont plus suffisants pour servir de fil rouge à ma concentration (les mouettes font d’ailleurs de bien piètres collègues de bureau).

Alors c’est Barnaby qui s’y colle.

Mais, heureusement (me dis-je, bien que pas longtemps), il y a les mercredis où les enfants sont gardés à la maison. Je vois venir ces jours-là comme des bouffées d’air frais, des journées pleines de joie et de légèreté.

A tort et à raison.

Dans les faits, mon bureau, ce havre de tranquillité et de concentration, devient le lieu où se soldent les conflits portant sur les poupées, les petites voitures ou le partage équitable des cubes et des pièces de puzzle. Une petite tête blonde déboule, puis une autre, suivies de la nounou (un modèle de rigueur et de clairvoyance pour le coup) ; ça braille, ça pleure, ça se roule par terre, ça se console et ça se réconcilie autour d’une compote. Ça chante pas mal aussi (comprenez ‘beaucoup’).

Entre bagarres et chahuts, moi je skype, j’écris, je téléphone et je remets à l’heure de la sieste mes conf calls avec les clients. Je fais le plus dur pendant les balades, les ‘moments calmes’ et le goûter et le reste du temps, je fais le dos rond, j’avance comme je peux et je porte un casque pour que, quand même, entre pâte à modeler et stratégie marketing, Tom (il s’appelle Tom) puisse me murmurer le nom du meurtrier.

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